Comment un enfant âgé seulement de 13 ans, sortant prématurément de l’école, au milieu d’un tel conflit, se retrouve-t-il au sein de la Faïencerie Gabriel Fourmaintraux, à l’automne 1916 ?

Je n’en sais absolument rien. Je suppose que la mobilisation avait du « éclaircir » les rangs des ouvriers de cette faïencerie et qu’il fallait donc de la main d’œuvre de « substitution ».
Les temps n’étaient pas faciles pour les dirigeants d’entreprises, souvent eux mêmes mobilisés, devant fermer ou mettre au ralenti leurs activités faute de main d’œuvre ou de matières premières, quand ce n’était pas à cause de destructions !
Ils ne l’étaient pas moins pour les employés, souvent très jeunes, ayant un père lui aussi mobilisé (ou mort pour la France !) et obligé de quitter l’école pour faire vivre (ou survivre) leur famille.

Et malheureusement, le XXème siècle a connu deux guerres mondiales, et on ne sort jamais vraiment indemne de conflits si dévastateurs.
La seule chose que je connaisse de cette époque et que ma grand-mère évoquait souvent, est une anecdote que mon grand-père se plaisait à raconter à la fin de sa vie quand il était reconnu pour son talent, pour bien montrer d’où il était parti.
Un jour, ce dernier fût appelé par Mme Fourmaintraux qui voulait voir l’évolution de sa formation. Mon grand-père arriva dans son bureau avec des miniatures qu’il avait décorées. Mais suite à une mauvaise manipulation, toutes finirent au sol !
Il faut imaginer mon grand-père alors jeune adolescent, attendant la sentence ou pour le moins, les remontrances ! Bien au contraire, la réponse de Mme Fourmaintraux fût pleine de bienveillance : « Ce n’est que de la terre mon garçon, mais fais attention la prochaine fois ! ». Mon grand père disait à ses auditeurs : « A partir de ce jour, je ne me souviens pas, avoir laissé tomber une pièce de faïence par terre !!! »
Belle formation pour un apprenti que de se former sur ces fameuses miniatures en porcelaine, mesurant souvent moins d’un centimètre ! Vous pourrez le constater plus loin, en observant certaines pièces décorées par mon grand-père, que de cette formation il en avait gardé de bien belles choses. Je ne possède aucune pièce de faïence décorée par mon grand-père, datant de cette époque.

Voici ma petite collection personnelle de miniatures en porcelaine Fourmaintraux, que j’affectionne particulièrement et pour cause …

La période « porcelaine » de Gabriel Fourmaintraux, fait partie à mon avis, des plus belles créations artistiques qu’ait produites l’industrie céramique desvroise.

Vous pourrez admirer l’épopée artistique de la dynastie Fourmaintraux dans le livre « C’est du Desvres Vol. 3 » de Claude et Olivier Fourmaintraux et François Piton aux éditions de la Fourmaintrie.