C’est la découverte d’aquarelles réalisées par un client de Masse Frères, qui m’amène à évoquer cet aspect de leur production.
Mr Suire, nom de ce client important installé sur la côte Atlantique, avait envoyé 25 planches aux scènes « bretonnisantes » afin que ces dernières y fussent apposées sur des assiettes. Certes, les dessins étaient assez « sommaires », mais en les effeuillant, une après l’autre, j’allais découvrir l’origine d’un plat à cake (N° de moule 3340) décoré par mon grand-père, qui se trouve en ma possession.

On peut lire sur les aquarelles ci-dessous, les annotations manuscrites de mon grand-père quant aux références des émaux à retenir, pour se rapprocher au mieux du souhait du client.

©Archives Privées : reproduction et utilisation interdites

©Archives Privées : reproduction et utilisation interdites

On peut voir sur l’aquarelle ci-dessus, les extensions de dessin de mon grand-père, pour extrapoler ce dernier sur un plat rectangulaire et non pas sur une assiette, comme c’était initialement prévu ! Bien sûr, aucune référence à la fabrication desvroise : le touriste devait croire à du « Made in Breiz ». Sur les photos ci-dessous, extraites d’un catalogue, on peut observer une partie de la gamme qui était proposée à la clientèle.

©Archives Privées : reproduction et utilisation interdites

Certes, nous sommes loin du Marseille Paysage ou du concours du meilleur ouvrier de France, mais il y avait une faïencerie à faire tourner !
Fin des années 50, les faïenceries françaises pouvaient encore se permettre de répondre à ces commandes spécifiques. Avec la nouvelle donne économique des années 70, le « fait main » deviendra impossible, ce type de pièce sera réalisé ailleurs, à un coût moindre, et grâce notamment à la technique du « chromo » !

Dans les années 50, ce type de commandes affluait (développement des congés payés et tourisme, vont de pair !). A tel point, et selon les dires de ma mère, que le personnel devait juste avant l’été, effectuer fréquemment des heures supplémentaires le samedi après midi.
Elle se souvient étant apprentie, récupérer les fameux bols dont les prénoms avaient été inscrits sur ces derniers par les décorateurs, et y tamponner une figurine bretonne. Travail à faible valeur ajoutée, mais qui permettait à la faïencerie de Pornic de faire face à la demande… ou les prémices de la délocalisation !