Des quelques photos de mon grand-père dans son atelier, il en est une qui m’a toujours interpellé.

En effet, on peut le voir en train de décorer plusieurs « figurines » dont la fonction était de servir de « clochette de table ». Ma mère m’a indiqué que l’on appelait ces dernières chez Masse : « Les Marquises ».
Elle en possède une (on voit d’ailleurs un modèle identique, en attente de décoration, sur la photo ci-contre).

Je retrouvais un autre exemplaire de « Marquise » chez la cousine de ma mère, mais non émaillé, décoré lui aussi par mon grand-père.

Ces pièces étaient pour moi un peu « iconoclastes », dans ce que je connaissais de la production Masse. Même s’il y eut des collaborations célèbres comme celle d’avec Walt Disney, je me demandais qui avait été à l’origine des dessins et des moules de ces dernières.

© Musée de la céramique de Desvres : reproduction et utilisation interdites

Ci- dessus, un modèle complet très rare comportant la petite clochette et la mention : « Masse Frères à Desvres, d’après R. De valence »

J’allais trouver un début de réponse en rendant visite à un passionné d’histoire desvroise et grand amateur de faïence. En lui montrant mes photos, il m’arrête sur la photo de la « Marquise » et me fait voir dans la pièce, d’autres modèles de ces dernières ! Puis il me montre une signature figurant sous la pièce : « D’après R. de Valence », et d’ajouter : « cela fait des années que je cherche qui se cache derrière cette signature ! ». Je crois lui avoir répondu que c’était le genre de défi que j’aimais relever…

Me voilà donc parti à la recherche d’un céramiste « R » (Robert, René, Raoul, Richard ???), ayant exercé à Valence !
Mais rien de ce coté là. Je commençais un peu à désespérer et je me suis demandé s’il ne fallait pas plutôt chercher du coté généalogique.
Je découvrais alors la lignée « De Valence de la Minardière ». Mais le nombre important de personnes appartenant à cette dernière, ne me facilitait pas le travail. Bien sûr après avoir effectué des tris, par dates, par lieux, je trouvais un René de Valence, potier, mais originaire de la région lyonnaise.
Quel rapport avec la faïencerie Masse ??? Difficile à expliquer, car des bribes d’informations en ma possession, la fabrication des « Marquises » se situait fin des années 50, début 60.
Ce site de généalogie allait me mettre définitivement sur la voie, car René de Valence avait un frère jumeau (Xavier) qui habitait Boulogne sur Mer !!!
J’ai envoyé des courriers, un peu comme des bouteilles à la mer, à quelques personnes portant ce nom et habitant la région de Boulogne, et je reçus une réponse positive du filleul de René de Valence.
Ce dernier m’a bien confirmé qu’une collaboration avait eu lieu entre son parrain et la faïencerie Masse. J’appris à cette occasion qu’il fût un céramiste bien connu dans son atelier « La grange aux potiers », fréquentant des noms illustres de l’art. Il décéda accidentellement très jeune, laissant son épouse poursuivre seule l’aventure.
Je pense que cette collaboration peut-être qualifiée « d’opportuniste » car c’est probablement dans un contexte de rencontres sur Boulogne sur Mer, par l’entremise du frère de René de Valence, que ce dernier a connu Jacques Masse.

©Archives Privées : reproduction et utilisation interdites

Parallèlement, toujours grâce à Mr Debette à qui je racontais cette histoire, je mettais la main sur le catalogue original Masse, de ces « Marquises » !
J’appris par la même, que douze modèles étaient proposés à la vente et que chaque modèle avait un prénom ! Celui que possède ma mère s’appelle « Margoton » et celui de sa cousine « Catherine »…

©Archives Privées : reproduction et utilisation interdites

Quelques uns des moules mère originaux sont d’ailleurs toujours au sein du musée « A la belle époque de la faïence de Desvres ».

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais je suis tombé par hasard sur un appel à témoin de Mr Christian de Valence, autre neveu de René de Valence, qui projetait d’écrire un livre sur la vie de son oncle. Un blog, préambule à ce dernier, me confirmait les premières informations reçues : http://grangeauxpotiers.canalblog.com

Mais surtout, J’appris qu’en 1952, René de Valence céda en bonne et due forme à la faïencerie Masse, les droits pour la fabrication de ces « Marquises ».

©Archives Privées : reproduction et utilisation interdites

D’ailleurs, à cet instant, Mr Christian de Valence me fit part de sa surprise sur l’appellation de « Marquises », car lui avait toujours entendu de son oncle, l’appellation de « Demoiselles » …
En effet, ce dernier s’inspirait des livres de gravures de la bibliothèque familiale pour dessiner ces figurines.

Je ne peux que vous encourager à aller voir sur le site internet, les céramiques de René et Madeleine de Valence, car les « Demoiselles » ne sont qu’une partie anecdotique de leur production. Plus haut, j’évoquais les nouveaux codes de la céramique que l’on voit apparaître au sortir de la deuxième guerre mondiale, et quand on voit les céramiques sortant de la « Grange aux Potiers » à cette époque, je ne peux m’empêcher de penser que c’était un couple de céramistes dans l’air du temps ! (Personnellement, j’adore leurs céramiques zoomorphes). D’ailleurs, nombre de céramistes ont fait leurs armes au sein de la « Grange aux Potiers ».

J’ai appris que la production de ces « Marquises/Demoiselles » s’arrêta probablement milieu des années 60.