Des trop rares archives sauvées par Mr Debette, il y a aussi ce carnet (nous étions encore loin des bases de données informatiques), qui indique pêle-mêle :

  • des indications du temps passé par tel ou tel décorateur, pour décorer telle ou telle pièce,
  • des indications sur le choix des couleurs (Rhône Poulenc / Paris / L’Hospied) pour tel ou tel décor,
  • ou des dessins de formes.

©Archives musée « A la belle époque de la Faïence » : reproduction et utilisation interdites

©Archives musée « A la belle époque de la Faïence » : reproduction et utilisation interdites

J’écrivais plus haut, que nous ne saurions jamais combien de temps il fallait, pour décorer le plat offert à Mme Roosevelt.
Dans ce carnet miraculeusement sauvé, on parle notamment de « cage à oiseaux » en Sceaux Anges modèle n° 1326.
Il est indiqué que mon grand-père mettait 8H30 pour la décorer, quand mon oncle Ludger et Jean Peron (ceux des « colonnes » du Roi Fayçal !) mettaient 10H30, soit 25% de plus…
Or je possède une photo où on le voit décorer une cage à oiseaux (décor Delft polychrome). C’était lui qui décorait ces dernières, en Marseille, en Delft ou en Sceaux.

Sur la photo ci-dessus, vous pouvez voir Messieurs Jacques Masse et Albert Dewerdt, en train de présenter un modèle circulaire similaire ( N° 2700), probablement à un client.

Par un concours de circonstances assez exceptionnel, j’ai réussi à retrouver cette cage à oiseaux décorée par mon grand-père, qui fut longtemps au domicile de Jacques Masse et son épouse.
Une pièce avec une grande richesse de décor, avec des montants de structure en bleu cobalt et or (comme pour les assiettes du concours du M.O.F !). Une experte en faïence à qui je montrais les photos, n’en revenait pas que Desvres ait pu produire de telles pièces, rares selon elle ! Certes nous sommes loin du « lambrequin », mais c’est un avis tout à fait personnel !

Elle me guida d’ailleurs vers le site du Metropolitan Museum of Art de New York, et elle me montra une pièce « référence » en Delft, datant de la première moitié du XVIIIème siècle, dans le style de ce qui a probablement servi pour « inspirer » la faïencerie Masse Frères. Dommage, la photo n’est pas en couleur…
Pour information, il y a quelques années un lot de 4 cages en Delft, datant du XIXème siècle, a été adjugé chez Sotheby’s, pour la « modique » somme de 26.000 €, soit 6.500 €/pièce !

Voici un des modèles vendus chez Sotheby’s :

Cage Sotheby’s rectangle

Cage du Métropolitan

Cage Masse Frères

Détail de la Cage GP Delft (Masse Frères)

Vue de dessus

Vue de dessous

Il y a quatre modèles référencés : deux cages circulaires, une rectangulaire, une « orientalisante ». Les modèles 802 et 1326 sont des moules « Fourmaintraux-Frères » faisant partie de la succession « Jules Fourmaintraux » intervenue en 1904. Le modèle 3136 est un modèle « Masse », mais par contre, je n’ai pas encore réussi à attribuer avec certitude la « paternité » du modèle 2700.

Je n’ai pas réussi à trouver d’exemplaire du modèle 3136 !

Ci-dessous le modèle 802 (Discours Page 7 / Mention E), dont la décoration, date probablement de l’entre deux guerres.
A noter que le dessous de toutes les cages à oiseaux, était décoré : normal, elles étaient faites pour être suspendues !

©Archives Privées : reproduction et utilisation interdites

©Archives Privées : reproduction et utilisation interdites

Dans le discours (Page 7 / mention H), il est fait mention d’une cage à oiseaux (cage d’odeur…) en Sceaux, le même modèle que sur cette photo, mais l’oiseau à l’intérieur, est en faïence et non « modelé en pommade parfumée » !

Ce modèle est sorti de l’atelier Masse, mais qui en fût le décorateur ? Pas mon grand-père, ce n’est pas son travail. Alors, mon oncle, Jean Peron, Paul Scotté ? Je penche pour ce dernier.

Au sein du musée « A la belle époque de la faïence de Desvres », se trouve un exemplaire du modèle rectangulaire n° 1326, en Marseille Paysage : le même que celui vendu chez Sotheby’s !

©Archives musée « A la belle époque de la Faïence » : reproduction et utilisation interdites

En étudiant le personnage portant une hotte en osier et en le comparant au présentoir de soupière en Marseille paysage (cf plus haut), j’ai pu acquérir la certitude que cette cage à oiseaux a été décorée par mon grand-père, même si j’en avais déjà la quasi certitude !

Sur ces deux personnages, très ressemblants au niveau du «posing», on peut remarquer la même «inexactitude» dans l’exécution du fonds de la hotte. Dans cette position, le fonds ne peut-être rond mais ovale ! Idem dans l’exécution du bras…

Ce modèle devait être un produit phare chez Masse, car on le retrouve en bonne place sur une des tables d’exposition lors de l’inauguration du musée Cazin à Samer en 1962.